LA DERNIÈRE ENCYCLIQUE DU PAPE BENOIT XVI

                       

CARITAS IN VERITATE, « La CHARITE dans la VERITE »

L’encyclique sociale de Benoît XVI

Signée le 29 juin, elle fut publiée le 7 juillet, adressée au monde catholique et « à tous les hommes de bonne volonté ». Ainsi, le pape se situe dans un dialogue confiant avec tous les responsables du bien commun, soucieux de donner une place centrale à la fraternité pour assurer le développement de tous les hommes et de tout l’homme dans ses dimensions politique, économique, culturelle, spirituelle.
L’encyclique rappelle que « la charité est la voie maîtresse de la doctrine sociale de l’Eglise » ajoutant immédiatement que tout développement a besoin de vérité : « l’amour dans la vérité, dont Jésus s’est fait le témoin, est la force dynamique essentielle du vrai développement de chaque personne et de l’humanité tout entière ». C’est l’amour en vérité qui conduit au bien commun, à la justice et à la paix.
Si l’Eglise « n’a pas de solutions techniques à offrir » à la crise financière, économique, sociale, politique, écologique à laquelle l’humanité est confrontée, elle a cependant « une mission de vérité à remplir en vue d’une société à la mesure de l’homme et de sa dignité ». Comme Paul VI, en « Populorum progressio » (1967), Benoît XVI souligne « l’importance déterminante de l’Evangile pour l’édification d’une société de liberté et de justice ».
Dans la droite ligne du Concile Vatican II et du document conciliaire « Gaudium et spes » (« L’Eglise dans le monde de ce temps »), inspiré par la philosophie personnaliste d’Emmanuel Mounier et « l’humanisme intégral » de Jacques Maritain, le pape insiste sur le fait que le développement est« intégral », devant, selon la formule du P. Louis-Joseph Lebret et de l’économiste François Perroux, « promouvoir tout homme et tout l’homme ».
Cette promotion ne pourra pas se réaliser sans une constante volonté de fraternité : « la société toujours plus globalisée nous rapproche mais elle ne nous rend pas frères ». Il faut donc se mobiliser afin que les processus économiques évoluent « vers des formes pleinement humaines ».
Il convient de se réjouir de la fécondité des efforts réels de développement que l’on peut constater mais, en même temps, être très attentif aux déviances du développement : activités financières spéculatives, flux migratoires souvent provoqués et mal gérés, exploitation anarchique des ressources de la terre, émergence de nouvelles formes de pauvreté, corruption et dilapidation des aides internationales, affaiblissement des réseaux de protection sociale, graves menaces sur les droits et la dignité des travailleurs, chômage endémique, nivellement culturel et uniformisation des styles de vie, organisations bureaucratiques excessivement onéreuses, encore et toujours scandale de la faim…
Bref, « l’homme, la personne, dans son intégrité, est le premier capital à sauvegarder et à valoriser ».
Ainsi l’économie doit-elle intégrer une dimension morale : « pour fonctionner correctement, l’économie a besoin de l’éthique ; non pas d’une éthique quelconque, mais d’une éthique amie de la personne ». Ce devrait être le principe moteur de la coopération internationale dans laquelle les bénéficiaires devraient toujours être impliqués…

  • Pour être vraiment humain, le développement doit inclure « le principe de gratuité », ce qui est particulièrement vrai en ce qui concerne le marché.
  • Le marché, en effet, ne doit pas devenir « le lieu de la domination du fort sur le faible ; sans formes internes de solidarité et de confiance réciproque, le marché ne peut pleinement remplir sa fonction économique ». La crise actuelle montre que « les principes traditionnels de l’éthique sociale, tels que la transparence, l’honnêteté et la responsabilité ne peuvent être négligées ou sous-évaluées ».
  • L’économie n’élimine pas le rôle de l’Etat : on a besoin de « lois justes, de formes d’activité économique caractérisées par une part de gratuité et de communion ; le marché et la politique ont besoin de personnes ouvertes au don réciproque ».
  • Est insoutenable « la revendication du droit au superflu » dans les sociétés opulentes, alors que manquent la nourriture et l’eau potable dans certaines régions sous-développées.
  • La nature est un don de Dieu, à utiliser de manière responsable : c’est en ce sens que nous pouvons comprendre la question de l’environnement et le problème de l’énergie. Quelles voies institutionnelles trouver pour réglementer l’exploitation des ressources non renouvelables ? « Les sociétés technologiquement avancées peuvent et doivent diminuer leur propre consommation énergétique tout en cherchant à faire progresser la recherche d’énergies alternatives ».
  • Doit être respectée et promue « l’autonomie des corps intermédiaires responsables ». La subsidiarité est l’antidote le plus efficace contre toute forme d’assistance paternaliste, particulièrement apte à gouverner la mondialisation et à l’orienter vers un développement vraiment humain. « Les aides internationales peuvent parfois maintenir un peuple dans un état de dépendance ». Il importe donc que tous les sujets de la société civile y soient impliqués, et pas seulement les gouvernants.
  • Le phénomène des migrations est caractéristique de notre époque. Un travailleur étranger n’est pas une marchandise. Tout migrant est « une personne humaine qui possède des droits fondamentaux inaliénables et qui doivent être respectés par tous et en toute circonstance ».
  • La  finance, « après le mauvais usage qui en a été fait et qui a eu des conséquences néfastes sur l’économie réelle » doit redevenir « un instrument visant à une meilleure production de richesses et au développement. Les opérateurs financiers doivent redécouvrir le fondement véritablement éthique de leur activité ». Une réglementation de ce secteur s’impose pour protéger les sujets les plus faibles.
  • Pour que soit confortée l’ONU et réformée l’architecture économique et financière internationale il est « urgent que soit mise en place une Autorité politique mondiale » qui cherche à « se conformer de manière cohérente aux principes de subsidiarité et de solidarité », bénéficiant d’un « pouvoir effectif ».

En terminant, le pape affirme que « le développement doit comprendre une croissance spirituelle et pas seulement matérielle », exhortant à avoir « un cœur nouveau » afin de « dépasser la vision matérialiste des événements humains ».
Il ajoute encore que le développement « a besoin de chrétiens qui ont des mains tendues vers Dieu dans un geste de prière », qu’il a également besoin « d’amour et de pardon, de renoncement à soi-même, d’accueil du prochain, de justice et de paix ».
Jean-Baptiste JEGO
Cathédrale de Vannes
Formation permanente
17 juillet 2009
Presbytère Cathédrale Saint-Pierre 22 rue des Chanoines VANNES telephone02 97 47 10 88