JOUR DE PÂQUES -   2008 - QUIBERON

Pâques de Dieu, Pâques de l'homme

Nous voici autour de cet autel, comme de nombreux chrétiens à travers le monde, à la suite de nos prédécesseurs, pour célébrer la Pâques.

Les quarante jours de carême nous ont préparés, par le jeûne, la prière et le partage, à « endimancher » nos coeurs et nos corps en vue de ces fêtes pascales.
Avec Jésus en lutte au désert, avec Pierre, Jacques et Jean sur la Montagne de la Transfiguration, avec la Samaritaine au tour du puits, avec l'aveugle-né rencontré sur la route du Temple, avec Lazare et les siens à Béthanie, nous nous sommes en cinq semaines rapprochés de nouveau de ce double mystère qui fonde notre foi. Mystère d'un Dieu plein d'amour compatissant et mystère de l'homme sans cesse en marche et toujours invité à ne compter que sur Dieu.

Ces cinq semaines se sont ensuite couronnées par la Semaine sainte, appelée aussi Grande. Grande par l'ampleur et la densité des réalités qui y ont été  célébrées; sainte par la souveraineté et la pureté de l'Amour qui y a été dévoilé.

Aujourd'hui l'Eglise que nous sommes, inaugure une autre période, une nouvelle saison de cinquante jours qui, de ce dimanche à la Pentecôte nous donne l'occasion de mesurer grâce au temps ce que de toute éternité Dieu avait prévu pour nous: la glorification. Remarquons que, pour dire vrai, il s'agit en fait d'une seule journée qui se dilate en cinquante jours, comme aimaient à le dire les Pères de l'Eglise. Oui, le cadeau que Dieu nous tend est si grand qu'il faut cinquante jours rien que pour l'ouvrir. C'est donc un grand jour. Jour de victoire,  jour d'allégresse, jour de joie. Durant ces sept semaines nous serons appelés à méditer afin de mesurer à quel point nous sommes aimés et vers quels espaces nous sommes invités à tourner résolument nos vies.

En un double mouvement je voudrais vous proposer aujourd'hui de regarder Pâques autrement: Pâques vue de Jésus, Pâques vue de l'homme ; Pâques de Jésus, Pâques de l'homme.  

Pâques de Jésus

Vue de Dieu, Pâques c'est la fête de la victoire. La fête de sa victoire.  Victoire de l'audace sur la peur. Victoire du bien sur le mal. Victoire de l'amour sur la haine. Victoire de l'espoir sur le doute. Victoire de la vie sur la mort.
Dieu nous révèle et nous démontre aujourd'hui que son projet est et restera unique. Dieu n'a pas deux projets. Son seul et unique projet, celui pour lequel Il peut aller jusqu'à s'oublier lui-même, celui pour lequel Il peut sacrifier tout, c'est l'HOMME. Rien que l'homme. Nous sommes l'unique projet, l'unique rêve, l'unique priorité de Dieu.
Qu'Il se réjouisse ou qu'Il se mette en colère, c'est pour nous; qu'Il punisse ou qu'Il bénisse, c'est pour nous; qu'Il fasse la fête ou qu'Il pleure, c'est pour nous; qu'Il naisse, qu'Il meure, qu'Il ressuscite, tout ce que Dieu fait ne concourt qu'à notre bien et à la réalisation de son plan de salut pour nous.
Ainsi, désormais, tout mal contre l'homme sera mal contre Dieu et tout bien pour l'homme sera bonheur pour Dieu.
Par où l'on comprend que toute religion, tout système économique, tout pouvoir qui n'aura pas l'homme pour priorité, est voué à l'échec; et même s'il donne l'impression de prospérer, son propre succès finit tôt ou tard par  l'emporter lui-même. C'est la vérité de l'histoire, c'est la vérité de nos familles, c'est la vérité de nos pays. Et ce fut déjà la vérité d'Israël. En effet Israël a dû s'écarter du projet de Dieu et a imaginé son propre projet; projet axé, lui, non sur l'homme, mais sur trois choses, rendues par trois T: le Temple, la Terre et le Trône. L'homme étant devenu le dernier des soucis, du coup le temple sombrera dans un formalisme liturgique sans goût, la terre et ses richesses seront exploitées au détriment du pauvre, et quant au trône royal de Jérusalem, il se prostituera dans le mépris de la loi et du peuple. Voilà qui justifie la venue, la souffrance, la mort et la résurrection, bref la Pâques du Fils de Dieu: pour restaurer et réhabiliter l'homme dans ses droits et sa dignité.
Quel est ma priorité? Quelle est la place de l'autre dans mes projets?

Pâques de l'homme 

Vue de l'homme, Pâques c'est la fête de la Foi. Foi en Dieu. Foi dans la vie. Foi jamais déçue.
Frères et soeurs, tout ce mystère ne peut nous laisser indifférents. Cette Pâques est aussi la nôtre. Pâques de l'homme, Pâques du monde. Voilà qui justifie tout l'athlétisme autour du tombeau vide. Une nouvelle fait courir femmes, jeunes et vieux... Ce n'est pas parce que nous nous sommes repentis  et convertis que Dieu nous a pardonné. C'est parce que pardonné  -gratuitement- que nous devons nous repentir et nous convertir. C'est là la nouveauté de l'Alliance en Jésus.

Aujourd'hui nous sommes conviés à approfondir, mieux à rectifier notre  foi. Croire, ce n'est pas seulement admirer la personne ou le message du de Jésus. La foi véritable va plus loin. Croire, c'est mettre nos pas dans ceux du Christ. Voilà pourquoi aujourd'hui le nouveau nom de la foi, c'est le Témoignage.

Dans ce monde où les gens ont soif, mais ne savent ni où ni par qui l'étancher, nous avons l'urgent devoir d'indiquer par notre vie que l'Eglise est ce puits définitif d'eau vive où Dieu calme exauce toutes les attentes.
Dans ce monde où les gens, surtout les jeunes, vivent un malaise sans nom, l'Eglise que nous sommes, doit donner des martyrs, des martyrs de l'espérance.
Dans ce monde où nous en sommes arrivés enfin à notre cul-de-sac longtemps recherché, l'Eglise se doit d'inventer de nouveaux repères pour l'avenir de nos enfants.

Qu'est-ce qui nous fait courir tous les jours? Vers quoi courons-nous? Quel clin d'oeil d'espoir faisons-nous à ce monde en désarroi? Quels tombeaux d'exclusion, de dépendance avons à ouvrir en nous et autour de nous?

Voilà les défis à relever, voilà les enjeux qui nous attendent, voilà le prix à payer pour mériter d'être chrétien aujourd'hui.

Gloire à toi, Seigneur pour ta victoire sur la Mort. Augmente en nous la foi. Amen!

Joyeuses Pâques à tous.

Laurent LUBULU, prêtre